Par Joie Des Mots
À peine avions-nous raconté que le roi de la tomate sous serre faisait cofinancer par l’Europe sa dernière campagne de pub que la mention « avec le soutien de la Commission Européenne » qui figurait sur les affiches était recouverte d’un bandeau noir. Pourquoi cette soudaine pudeur, cinq jours après la sortie de l’article ?
Savéol explique avoir fait biffer la mention « par précaution » et avance un motif pour le moins alambiqué :
« La possibilité de faire référence à un financement communautaire en association avec une marque commerciale semble contestée par l’administration française ». Il
est vrai que ça la fiche mal d’apprendre que Bruxelles a donné au géant français de la tomate 2,6 millions d’euros en trois ans pour qu’il soigne sa
com’. D’autant que l’obole était versée, notamment, au nom du « recours aux techniques de culture et de production respectueuses de
l’environnement ».
Rappelons-le, cultiver des tomates sous serre chauffée, comme le fait Savéol en hiver, n’a strictement rien d’écolo. Une tonne de tomates sous serre chauffée coûte 946 kilos d’équivalent pétrole, soit dix fois plus que si vous la faites pousser en plein champ. La comparaison est tellement à tomber par terre que certains de nos lecteurs ont eu du mal à y croire. Le calcul figure pourtant dans un rapport de la très sérieuse Ademe, l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie.
L’Ademe a en effet calculé que, pour donner 1 tonne de tomates, une serre chauffée consomme en électricité 11 kWh. Sachant que 1 Watt représente 86 grammes d’équivalent pétrole, cela donne, pour 1 tonne de tomates, 946 kilos d’équivalent pétrole. La même quantité de tomates cultivées en plein champ ne dépense, toujours d’après l’Ademe, que 95 kilos d’équivalent pétrole, notamment à cause de l’arrosage, ce qui fait bien dix fois moins.
Résultat des courses : lorsque l’on mange une tomate entre novembre et mai, donc hors saison, on a le choix entre un produit cultivé sous serre chauffée et un produit importé d’un pays ensoleillé. Et le plus décoiffant, c’est qu’une tomate cultivée à Agadir sous une simple bâche plastique coûtera, malgré les 3 200 kilomètres parcourus jusqu’à Rungis, 13 fois moins d’équivalent pétrole que sa cousine du Finistère qui a grandi sous serre chauffée !
Il y a aussi les tomates du jardin…
Le Canard Enchaîné N° 4837 du 10 juillet 2013
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