Par Joie Des Mots
Je la regardais boire. La pulpe d'orange lui faisait comme une petite moustache au-dessus des lèvres. Ces cheveux qu'elle
avait... Incroyables ! Longs, brillants, une vraie forêt. Et ses yeux, le teint de sa peau lisse comme du verre. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Mais on était amis, après tout. Je me suis penché
vers elle et, direct, j'ai embrassée ses lèvres imbibées de jus d'orange. Elles étaient fraîches, sucrées, un régal. Puis je me suis rassis sur le tabouret de cuisine, une grenade dégoupillée à
la place du coeur. Elle me fixait, les yeux écarquillés, noir noirs. Elle a levé une main et s'est essuyé les lèvres. Je me demandais ce qu'elle allait faire. Puis elle s'est mise à rire en
secouant ses cheveux dans tous les sens. J'ai ri aussi, un peu, juste pour suivre. Je contemplais une vague qui s'écrase sur le sable de la plage. Puis elle s'est levée. Déjà, elle me serrait
dans ses bras. Je sentais ses côtes, ses biceps. Elle riait et me berçait. J'avais le nez dans son cou et je sentais cette odeur de lait. Ses cheveux me rentraient dans les narines et me
chatouillaient. Je me demandais pourquoi l'odeur de savon avait disparu. Je serai bien resté comme ça encore un moment, mais elle s'est écartée brusquement.
- J'étais sûre que tu n'oserai jamais m'embrasser, elle a dit.
- Je savais pas que je le ferais.
On souriait tous les deux comme des idiots. Puis elle a fait demi-tour et s'est dirigé vers la baie vitrée.
- Qu'est-ce qu'on fait maintenant? elle a demandé.
J'hésitais. J'avais envie de lui demander si elle voulait venir jouer dans ma chambre ...
Jean Luc Payen (extrait du hamac rouge)
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