Par Joie Des Mots
Ceux qui, comme moi, ont eu le bonheur d’écouter la dernière émission de Jean-Claude Ameisen, « Sur les Épaules de Darwin » (France Inter tous les samedis à 11h), consacrée à l’émergence du processus démocratique par débat contradictoire et décision majoritaire chez les abeilles à miel l’ont trouvée fort à propos. On peut partir de cet exemple pour penser un peu plus le processus identitaire car au milieu de ces débats, les abeilles ont une reine qui n’intervient pas. Son seul rôle est de pondre de futures abeilles porteuses de la culture de la ruche, porteuse du même ADN…
En quelque sorte sa seule charge est de maintenir l’identité de la ruche tandis que toute la population s’adapte aux changements. Si
elle meurt, la ruche meurt ! Si les prémices d’un processus démocratique dans une société d’abeilles peuvent nous dire quelque chose de notre propre société, que pourrait bien nous dire la
reine des abeilles ? Une reine et un environnement floral aux alentours nous mènent tout droit à la reine d’Angleterre avec ses chapeaux en forme de jardin kitsch ! Honni soit qui mal y
pense…
Ayant terminé mes études en Angleterre, j’ai mis
du temps à comprendre le rapport des Britanniques à leur souveraine et en fait j’ai compris après bien des discussions que tout ce que les Britanniques attendent d’elle, c’est qu’elle soit et
demeure objectivement anglaise au premier coup d’œil, comme les bus ou les pubs ! Sa très gracieuse majesté britannique a en fait comme seul mais indispensable rôle d’être un
« ancrage » culturel, une « prise » au sens montagnard du terme, permettant ainsi à chacun de ses sujets de vaquer à ses affaires en s’adaptant au changement sans trop de
problèmes : au moindre doute, il leur suffit de lever les yeux vers Buckingham pour vérifier que leur reine est bien anglaise et toujours là, qu’il neige ou qu’il vente des normes ou des
directives émanant des Kraut ou des Froggies pour être sûrs d’être là, chez eux, bien en Angleterre ! Alors l’avenir n’inspire pas de peur insurmontable !
En adoptant dès son élection une attitude de parvenu américain, Nicolas Sarkozy n’a ni compris ni su incarner « l’éternel français »
comme ont su le faire ses prédécesseurs, chacun à leur manière. Et lorsqu’il a fallu adopter des mesures assez étrangères dans leur conception à la culture de notre pays, ni lui ni aucun homme
politique n’a pu procurer à nos concitoyens les « ancrages » culturels nécessaires pour amortir les effets du changement. Pour rassurer et accompagner les plus inquiets de voir leur
monde ancien, constitutif de leur identité, disparaître. C’est peut être là la faute majeure de Nicolas Sarkozy qui lui vaut d’être si rejeté !
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog