Par Joie Des Mots
L’Archipel français : le beau titre de l'essai de géographie et de sociologie électorales de Jérôme Fourquet, paru en 2019, a sans doute été pour beaucoup dans son succès. Certes, son sous-titre (Une nation multiple et divisée) prenait bien acte des cassures françaises causées par la déchristianisation et l'immigration, en particulier musulmane, mais le mot archipel, si riche de poésie et de grand large, pouvait encore faire rêver et donner le change : celui d'une unité. Et puis, il s'agissait d'une image : l'archipel, c'est là-bas au loin ; ici, c'est la métropole, le centre, solide et rassurant.
Or, cette semaine, les craquements inquiétants entendus à tous les étages ont fait passer la métaphore de l'archipel, menacé de forces centrifuges, du stade de l'image à celui de la réalité.
Évidemment, les trois éruptions majeures auxquelles nous assistons depuis mardi couvent depuis des mois et des années, mais leur concomitance montre qu'elles ont atteint un degré tel qu'un stade, en partie irréversible, a été franchi. Elle montre aussi qu'elles sont liées dans leur cause profonde : la déliquescence de l'autorité de l'État.
D'abord, l'attaque meurtrière d'Incarville par la bande de Mohamed Anra, toujours en cavale à l'heure où nous écrivons. Ce drame sidérant - mais prévisible, vu tous les rapports sur l'ampleur du trafic de drogue en France et l'abandon d'une politique pénale et carcérale ferme - a montré la France métropole dans toute sa vulnérabilité d'archipel, à un péage d'autoroute. L'îlot de la délinquance narco-immigrée est devenu une île puissante capable de gagner contre l'État central. Il nous tarde de savoir de quelles îles, de quelles banlieues françaises sont originaires les membres de ce gang et où ils se cachent actuellement. Cela nous promet d'autres sidérations sur l'archipellisation de la métropole. Et les partis de l'étranger qui nous menacent. En effet, selon les déclarations de M. Darmanin lui-même, il y a un mois, devant la commission d’enquête sénatoriale sur l’impact du narcotrafic, nos réseaux sont dirigés par des caïds souvent réfugiés à l’étranger, « dans les pays du Golfe » notamment... (Le Monde).
Ensuite, c'est l'un de nos plus beaux archipels, ce pays de l'éternel printemps, qui s'est réveillé dans les larmes et la colère. Après nos surveillants de prison massacrés près de Rouen, ce jeune gendarme tué en Nouvelle-Calédonie. Là aussi, c'était prévisible. Et les Français découvrent, en outre, le facteur de l'ingérence étrangère : Russie, Chine, Azerbaïdjan ne nous veulent pas du bien et font tout pour nous faire reculer, hier en Afrique, aujourd'hui dans le Pacifique. Et demain, ici, en métropole ? Comment la fracturation identitaire française, avec une énorme communauté islamique en voie de radicalisation, n'intéresserait-elle pas des puissances étrangères hostiles à la France ? Le processus est sans doute déjà en cours.
Enfin, un Algérien sous OQTF non appliquée ayant incendié une synagogue a été neutralisé par des policiers qu'il menaçait. Là, l'ennemi a été mis hors d'état de nuire, par cette jurisprudence de la peine de mort de fait contre les islamistes décrite par Dominique Jamet. Vendredi soir, Marion Maréchal pointait la responsabilité de M. Darmanin et lui demandait de remettre en cause nos accords migratoires avec l'Algérie.
https://www.bvoltaire.fr/point-de-vue-larchipel-francais-se-defait-sous-nos-yeux-mais-ils-sont-toujours-ministres/

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