Par Joie Des Mots
De grands médocs chinois pointent le bout de leur goulot sur les marchés mondiaux. Les producteurs retrouvent là-bas les mêmes terroirs qu'en France... et font du vin qui ressemble à nos crus.
Tchin-tchin, les Chinois boivent du vin. Et, comme pour les terres rares ou le soja, un frisson parcourt les marchés. À
Shanghaï ou à Pékin, sur les tables des hommes d'affaires, les crus bordelais, argentins ou californiens remplacent l'alcool de riz. Dès 2015, la Chine, qui occupe aujourd'hui la neuvième
place, devrait devenir le cinquième marché mondial en volume (1).
Certes, par habitant, la consommation n'est encore que de 1,2 litre par an contre 47 litres pour la France. Mais la tendance est désormais bien ancrée. « Jamais dans
l'histoire, « l'or rouge » n'a été aussi recherché et disputé à travers la planète », analysent Aymeric Mantoux et Benoist Simmat, qui viennent de publier une enquête
sur La guerre des vins (Flammarion). L'enjeu est à la fois économique et politique. « Comme les Américains au XXe siècle,
les Chinois influents du XXIe siècle ont admis que les grands vins étaient un attribut du pouvoir », observent les deux
auteurs.
C'est aussi un placement. À la fin du mois d'août, le château de Gevrey-Chambertin, en Bourgogne, a été repris par un homme d'affaires chinois. Quelques mois plus tôt, début 2011, Cofco, un
géant de l'agroalimentaire chinois avait mis 10 millions d'euros sur la table pour racheter le château de Viaud, un Lalande-de-Pomerol.
La Chine poursuit sa quête d'excellence : elle veut se hisser au niveau des meilleurs crus mondiaux en s'appuyant sur sa propre production. À quand un grand médoc chinois sur une table
étoilée française ? « On n'en est pas si loin », sourit Marc Dworkin. Dans la région du Shandong, à 600 km au sud-est de Pékin, ce Bordelais a retrouvé son
terroir natal sur le domaine de Quingdao Great River Hill. 20 % à 30 % d'argile, du limon et des cailloux, la roche mère à un mètre de profondeur... Le vin, c'est d'abord de la
géologie.
Un Lafite sort de terre
« Les conditions sont parfaites pour le cabernet et le chardonnay », poursuit Marc Dworkin, qui exploite dans le Shandong une soixantaine d'hectares. Une trentaine d'autres
devraient suivre. Les deux premiers millésimes annoncent un vin prometteur. Pas très loin de là, sur des parcelles aménagées en terrasses pour lutter contre le ravinement, un Lafite sort de
terre. Tout a été passé au crible (climat, exposition, sol) pour répliquer ce grand cru bordelais.
Une certitude, les Chinois apprennent vite. En décembre 2011, un concours opposant les vins de Bordeaux à leurs homologues chinois de Ningxia a eu lieu à Pékin. C'est un assemblage de raisins
de Ningxia et du Shanxi, le Grace vineyard chairman' reserve, qui a raflé le premier prix...
(1) En volume, les États-Unis sont le premeir marché mondial, suivis par la France et l'Italie
Patrice MOYON.
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