Par Joie Des Mots
Là où je vis, avant, il y avait un grand jardin. Mon père s’est retrouvé seul en 89. J’habitais à deux pas, on se voyait
pratiquement tous les jours. Je l’ai vu décliner, il détestait demander des services. Je l’ai vu un jour tenter de déterrer un pied de vieux rosier avec tant de peine, je lui ai demandé la
permission de construire une petite maison au bout du jardin ... il n’a pas dit non, je pense qu’il avait conscience que s’il voulait terminer sa vie chez lui, il fallait que je sois tout
près.
Les travaux ont commencé, mais je sentais que ça lui faisait mal, casser le mur, les arbres en espalier etc ... c’est
douloureux de voir qu’on ne peut plus ... c’est un adieu quotidien à tant de choses. L’été avant que nous entrions dans notre maison, nous avons appris qu’il avait un cancer du foie, c’était une
question de mois. Nous avons emménagés le 1er octobre, il est mort 10 jours après, pour son anniversaire.
Il y avait le chagrin de la mort de mon père, après ma mère, j’étais orpheline ... il y avait à gérer tous les travaux d’une
maison à finir ...
Pour construire la maison, il avait fallu, bien sûr, creuser des fondations dans de la bonne terre, nous avions donc vue sur
un monticule ... Le restant du jardin étant normal, nous n’avions aucune raison de garder cette terre, il fallait nous en débarrasser.
Nous avons pris contact avec un jardinier paysagiste.
Il est venu chercher cette belle terre travaillée par mes ancêtres et si fertile.
Quand j’ai vu le camion partir c’est comme si on les avait tous tués une deuxième fois.
Que j’ai eu mal .. j’étais tellement attachée à tout ce qui physiquement me reliait à eux.
Maintenant, tout est en moi, on ne peut plus rien me prendre.
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