Par Joie Des Mots
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Il se servit un large verre pour la soif et un autre pour le goût, conscient du superflu et s’en pourléchant avec un rien d’ostentation.
Il coupa le jambon en tranches minces qu’il aligna joliment dans un plat d’étain, arrangea quelques olives, posa le fromage sur une feuille de vigne, les fruits dans un grand panier plat, puis il s’assit devant son souper et sourit, heureux.
Il aimait.
Comme tout amant comblé, il se retrouvait seul avec celle qu’il aimait.
Ce soir-là, ce n’était pas une femme, ni même un être vivant, mais une sorte de projection de lui-même faite d’images innombrables auxquelles il s’identifiait …
La fourchette d’argent par exemple, aux dents usées, avec les initiales presque effacées d’une aïeule maternelle, un objet tout à fait étrange si l’on songe que l’Occident l’inventa par souci de dignité alors que le tiers des hommes plongent encore leurs mains dans ce qu’ils mangent…
Jean Raspail. Le Camp des saints.
Je me retrouve en ces mots … la fourchette en argent usée, les assiettes de grand-mère, celles du vendredi ... que pour manger le poisson ….
C’est ça le bonheur, tout ce que nous contenons de doux souvenirs … d’objets que des mains aimées ont touchés …
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