Par Joie Des Mots
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Il y a encore quelques années, le mot était imprononçable. À peine formulé qu’il déclenchait l’anathème, l’excommunication médiatique, l’accusation automatique de barbarie morale. La remigration appartenait au vocabulaire interdit, relégué aux marges, enfermé dans le registre du fantasme ou de la provocation. Aujourd’hui, le terme circule. Il s’invite dans les débats, dans les tribunes, dans les discussions ordinaires. Non pas parce qu’il aurait été soudainement réhabilité par les institutions, mais parce que la réalité s’est chargée de le rendre audible. Ce qui progresse n’est pas une idéologie abstraite, mais une intuition collective, diffuse, presque instinctive : quelque chose ne fonctionne plus, quelque chose a été rompu, et les réponses apportées depuis des décennies ne suffisent plus.
La question migratoire, telle qu’elle a été pensée et imposée depuis quarante ans, repose sur une fiction. La fiction d’une intégration automatique, la fiction d’un enrichissement mutuel sans tension, la fiction d’une société capable d’absorber des flux massifs sans transformation profonde de ses équilibres culturels, sociaux et politiques. Cette fiction a été entretenue par les élites politiques, universitaires et médiatiques, non par naïveté, mais par confort idéologique. Elle permettait d’éviter les conflits, de disqualifier toute contestation, de transformer un sujet explosif en tabou moral. Or les tabous ne tiennent jamais longtemps face au réel.
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