Par Joie Des Mots
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Qu’un journaliste d’à peine quarante ans se lance dans une autobiographie peut sembler un peu surprenant. Mais il suffit d’ouvrir Nous vivions côte à côte, publié chez Fayard, pour comprendre ce qui a poussé Alexandre Devecchio à écrire. Il y raconte une trajectoire devenue improbable : celle d’un enfant de la banlieue populaire, né en Seine-Saint-Denis, devenu – contre toute probabilité sociologique – rédacteur en chef des pages Débats du Figaro, institution bicentenaire du paysage intellectuel français.
Alexandre Devecchio aurait pu « mal tourner », comme on dit. S’il ne l’a pas fait, il le doit certes à lui-même, mais aussi à quelques professeurs et surtout à une famille d’origine immigrée – « Ritals et Portos » – qui avait fait siennes les règles tacites de l’ancienne assimilation : discipline, effort, respect de l’école et des institutions, gratitude envers la France. Tout l’inverse du discours victimaire d'aujourd’hui.
La dégradation des banlieues françaises est connue depuis longtemps. Mais la force de Nous vivions côte à côte tient à la pertinence de l’analyse à partir de l’expérience vécue. Devecchio raconte de l’intérieur, sur une trentaine d’années, le basculement d’un monde encore vivable vers des territoires perdus devenus hostiles. Le passage du pavillon tranquille avec jardin à l’exil forcé, lorsque l’insécurité, la violence et l’islamisation rendent la vie quotidienne intenable.
Au lycée, il n’échappe pas lui-même à une bastonnade en règle, pour avoir un jour dévié par inadvertance de son trajet habituel. Il décrit l’effondrement de l’école, la disparition de l’autorité, remplacée par l’anomie, le ressentiment et un nouvel ordre communautaire. La banlieue rouge devient verte et, à Paris VIII où il étudie, « les associations gauchistes sont remplacées par les communautaristes ».
Le facteur central de cette dégradation est, sans surprise, l’immigration de masse, principalement musulmane, perçue comme un danger existentiel pour la France. Une immigration qui n’a pas adopté la culture française, mais qui a progressivement chassé les populations autochtones et les immigrés plus anciens, pourtant eux-mêmes issus de milieux modestes.
Le contraste que Devecchio établit entre l’immigration portugaise – dont certains vivaient dans des bidonvilles – et les générations actuelles désintégrées est particulièrement éclairant. Là où les premiers voyaient la France comme une chance, les seconds sont encouragés à la détester et à se révolter.
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