Par Joie Des Mots
Tenir la rue : quand la gauche assumait la violence organisée – et ce que cela dit de notre époque
Entre défense et offensive : la tentation de la milice
Bouchenot insiste sur un point essentiel : l’autodéfense socialiste n’est pas homogène. Pour la majorité réformiste, ces groupes doivent rester strictement défensifs.
Mais pour la Gauche révolutionnaire autour de Marceau Pivert, ils doivent aller plus loin. Certains envisagent même qu’ils puissent constituer les cadres d’une future « milice prolétarienne » dans une perspective révolutionnaire.
Cette tension traverse toute la période. La SFIO oscille entre légalisme parlementaire et tentation insurrectionnelle. Elle refuse officiellement la militarisation de la classe ouvrière, mais accepte dans les faits des structures organisées capables d’occuper la rue, de sécuriser des manifestations, voire d’en découdre physiquement avec les adversaires politiques.
L’autodéfense devient ainsi un instrument hybride : service d’ordre légaliste d’un côté, groupe de combat de l’autre. L’expression « tenir la rue » résume cette ambition. Il ne s’agit plus seulement de protéger un meeting, mais de marquer un territoire, d’empêcher l’adversaire d’y déployer sa force.
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