Par Joie Des Mots
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Mélenchon, Zemmour, le duel des prophètes
En rentrant d’une longue promenade sur la plage de Léhan, à Lechiagat, encore saisi par cette odeur âcre d’algues en décomposition que la mer abandonne à marée basse, j’ai regardé le Grand Jury d’Éric Zemmour. La veille, j’avais suivi la déclaration de candidature de Jean-Luc Mélenchon. Le rapprochement s’est imposé de lui-même, presque malgré moi. Dans un paysage politique aplati, ces deux hommes apparaissent comme les seuls à posséder encore une véritable envergure.
L’un et l’autre appartiennent à une espèce en voie de disparition, celle des hommes de parole. Mélenchon, avec ses envolées, ses colères feintes ou réelles, ses rythmes hérités de la tribune révolutionnaire, continue de parler comme si la politique pouvait encore soulever des foules. Zemmour, plus sec, plus tranchant, procède autrement, par diagnostic, par mise en perspective historique, par phrases qui cherchent moins à séduire qu’à convaincre. Deux styles, deux écoles, mais une même certitude, la politique ne se réduit pas à l’administration du réel.
Leur culture les place également hors du commun. Mélenchon est un produit du vieux socialisme français, nourri de congrès, de lectures, de références où se mêlent Robespierre et Jaurès. Zemmour vient d’un autre monde, celui du journalisme d’idées, des bibliothèques, d’une histoire de France qu’il ne cesse de relire. Tous deux pensent en termes de civilisation, là où tant d’autres ne raisonnent plus qu’en tableaux Excel.
C’est pourtant à cet endroit précis que la fracture devient irréductible.
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