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Que la chevalerie revienne à Nantes, écraser cette mairesse qui a fait de Nantes un cloaque !


Il allait prendre part à l'attaque de Nantes, il passerait le pont Rousseau (tout près de chez moi !!!) sous la mitraille, libérerait la ville, courrait à l'hôtel de Saligny, arracherait Parfaite des mains des Bleus, ou, au contraire, la protégerait contre la vengeance des Blancs ; la guerre finie, il l'emmènerait en Amérique...

Il exultait et se mit à chanter; derrière lui, des hommes reprirent en chœur son refrain ; il se retourna et s'arrêta, stupéfait ; ces trois cents hommes étaient devenus au moins trois mille. Par où étaient arrivés tous ces nouveaux combattants? À la fin de l'après-midi, il y en avait huit ou dix mille ; on en ramassait à chaque forêt, dans chaque bosquet ; ils descendaient du creux des saules, sortaient des ajoncs épineux, de ces genêts qui cachent un homme à trois pas et où le bétail passe les heures chaudes ; ils surgissaient des puits, des carrières, du cœur de leur terre ; surprenante armée, sans intendance, sans bivouacs, sans tentes, sans feux et qui restait groupée, paroisse par paroisse, avec ses hommes qu'on ne pouvait appeler des soldats, hirsutes, chaussés de sabots, habillés de loques couleur de champ, certains avec un fusil pris aux Mayençais ou une longue canardière sur l'épaule, dont ils avaient fondu les balles au feu de l'âtre.

Ils avaient au grand chapeau de feutre la cocarde de papier blanc et le Sacré-Coeur sur la petite veste de mouton noir qui tournait au roux ; le couteau de pressoir était passé à leur ceinture de coton bleu, et le chapelet enroulé autour du poing ; leurs femmes, en corset de grosse toile, les suivaient parfois avec des gargousses dans un panier et trois jours de vivres, les trois jours que dureraient la campagne. Ils laissaient derrière eux leurs affaires bien en ordre, les vaches cachées dans le marais, le linge enterré, les enfants dans une enfourchure d'arbre, les bouteilles de vin au fond du ruisseau. Ils avaient suivi le mot d'ordre, la croix de bois entaillée apportée mystérieusement par un gamin, le chuintement dans la nuit, l'appel du prêtre, le fond d'un fossé.

Comme on allait, cette fois, prendre Nantes, la putain républicaine, que le soleil s'était couché en ciel clair, que la fenaison s'annonçait bien, ils étaient venus allègrement.
Paul Morand

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