Par Joie Des Mots
Il n'y a pas plus choyé que le Cylindrocline lorencei... Dans la pépinière Robinson, près du jardin botanique de Curepipe, sur l'île Maurice, une dizaine de
petits plants, tout juste arrivés par avion de Brest, commencent leur lente acclimatation.
« À taille adulte, l'arbuste mesure deux à trois mètres de haut, explique Parmananda Ragen, responsable recherche et développement du National Park Conservation Services de
Maurice, dépendant du ministère de l'Agriculture. Durant les trente dernières années, le Cylindrocline a complètement disparu de nos
forêts. »
Ne pas suivre le dodo
Avant l'arrivée des premiers colons, au XVIe siècle, cette petite île de l'océan Indien avait été isolée des hommes durant 8 millions d'années. Elle abrite
des espèces, animales ou végétales, uniques au monde.
« Certaines ont irrémédiablement disparu, comme le dodo, la tortue girafe, de nombreux oiseaux ou une cinquantaine d'espèces de plantes à fleurs », constate Stéphane
Buord, directeur scientifique des actions internationales au Conservatoire national botanique de Brest.
Celui-ci abrite la plus grande collection mondiale de plantes disparues ou menacées de l'archipel des Mascareignes (La Réunion, l'île Maurice et Rodrigues). Des prélèvements y avaient été
effectués en urgence dans les années 1970.
« Du Cylindrocline lorencei, il ne restait que quelques graines congelées, conservées à Brest. » Panique chez les botanistes
lorsqu'elles n'ont pas réussi à germer ! Heureusement, les biotechnologies sont venues au secours de la nature défaillante.
Les cellules de la plante ont tout d'abord été multipliées in vitro, puis clonées au laboratoire Vegenov de Saint-Pol-de-Léon (Finistère). La dernière technique a concerné trois
spécimens disparus : Cylindrocline, Dombeya mauritiana et un Hibiscus.
Le gouvernement mauricien, qui a lancé en 2011 le programme « Maurice île durable », veut restaurer 50 % de ses forêts protégées avec des espèces locales. Un
programme de réintroduction de vaste ampleur a été lancé en partenariat avec le Conservatoire de Brest.
Il va s'étaler sur plusieurs années et concernera une trentaine de spécimens d'espèces éteintes ou rarissimes. Les plantes, multipliées en Bretagne, seront transférées dans les pépinières de
Maurice puis réintroduites dans des espaces naturels « nettoyés » de toute plante invasive.
Il reste 3 % de forêts primaires sur l'île, toutes « polluées » par des plantes venues d'ailleurs qui étouffent les autochtones. Depuis le magnifique point de vue
des gorges de la Rivière noire où défilent les touristes, Parmananda Ragen montre l'état de l'invasion : « Toutes les zones en vert clair sont des plantes
envahissantes. » Le temps presse. Il y a encore beaucoup de vert clair sur le paysage de carte postale...
Sabine NICLOT-BARON.
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