Par Joie Des Mots
Blog de Ivan Rioufol
Quand un enraciné parle d’immigration à un déraciné, le dialogue ne peut que tourner court. Tous deux ne vivent pas dans le même monde. Ce lundi matin, Bruno Retailleau a néanmoins rendez-vous avec Emmanuel Macron. L’homme des champs devrait tenter de convaincre l’homme des villes de la nécessité d’une nouvelle loi sur le sujet.
La dernière avait été largement censurée le 25 janvier, à l’invitation tacite du président, par le Conseil constitutionnel. Le ministre de l’Intérieur plaidera probablement pour l’allongement des délais de rétention des expulsables, des restrictions au regroupement familial et au droit du sol, une remise en question de l’Aide médicale d’Etat (soins gratuits pour les clandestins), le rétablissement du délit de séjour irrégulier, etc. Le Vendéen, qui se sait porté par une opinion exaspérée par le conformisme bien-pensant, pourrait faire valoir un retour à la supériorité des lois françaises face à un « état de droit » dévoyé par l’Europe supranationale et ses juges non élus.
Il pourrait réitérer sa demande de référendum sur « un des phénomènes qui a le plus bouleversé la société française depuis 50 ans sans que jamais les Français n’aient eu à se prononcer », comme il l’avait expliqué fin septembre, jugeant que « l’immigration n’est pas une chance ». Face à ce que la religion antiraciste voit comme un blasphème, Macron avait estimé que ces propos étaient « résolument en contradiction (…) avec la réalité ». « On peut décider qu’on aurait beaucoup mieux fait de la physique nucléaire sans la polonaise Marie Curie (…), que l’on aurait pu danser beaucoup mieux sans Charles Aznavour, etc. », avait-il grincé. Pour lui, « Les binationaux sont des millions dans notre pays. Les Français issus de l’immigration au moins autant (..) Et c’est notre richesse. Et c’est une force ».
Retailleau n’ébranlera pas le puéril angélisme présidentiel. Derrière la posture d’ouverture à l’autre, moralement avantageuse, le poids de l’aveuglement dogmatique reste un carcan intellectuel. Le refus de voir est à la source du pharisaïsme de Macron : il déplore l’insécurité généralisée, sans explorer ses causes.
https://blogrioufol.com/retailleau-contre-limmigration-ou-la-fin-de-regne-des-deracines/

Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog