« Je suis une carpe ; je crois qu’il y a pénurie. Etant donné cette croyance, je m’attends à ne jamais avoir ou faire assez […] Je suis un requin et je crois qu’il y a pénurie. C’est pourquoi j’ai l’intention d’obtenir le maximum, quoi qu’il arrive […] Je suis un dauphin et je crois en la possibilité d’une pénurie comme en la possibilité d’une abondance… »
Dudley Linch et Paul L. Kordis proposent une classification des comportements humains dans leur ouvrage "La stratégie du dauphin : les idées gagnantes du 21ème siècle" ( Les éditions de l’homme, 2006)
Si nous sommes des carpes, des requins ou des dauphins, comment réagissons-nous aux arguments des candidats à la présidentielle... Et surtout de quelles stratégies usent-ils pour tenter de capter nos voix ?
La carpe est au moins une métaphore de la victime. Elle attend, passive, l'hameçon du pêcheur qui est son tortionnaire. Elle a renoncé au combat, certaine que de toutes manières, tout est foutu.
Elle a baissé les bras ou les ... nageoires pectorales.
En politique, elle pense que les candidats sont tous pourris, que personne ne changera rien et d'ailleurs qu'il n'y a rien à changer, qu'on ne peut rien faire, qu'ils ne pensent qu'à eux et pas à
elle, la carpe. Parfois même, elle espère le sacrifice comme prix ou condition d'une avancée ; il faut toujours payer pour avancer, amis de la PNL, bonjour. Elle fait des compromis qui se
terminent en compromissions car en espérant toujours gagner ainsi, elle perd toujours.
Nos amis les candidats exploitent souvent ces victimes en leur proposant justement des sacrifices. Supplémentaires. Seules solutions à la CRIIIIISE. Vous avez voulu "en profitez", vous allez le
payer cher et c'est pas fini. C'est ce qu'on entend en écoutant Sarkozy et Bayrou qui n'ont pas du tout pourtant le même profil animalier, Bayrou étant du domaine de la carpe.
Toutefois, les carpes sont autant attirées par les autres carpes que par les requins car elles espèrent bien qu'ils en boufferont d'autres avant elles.
Plus qu'une métaphore, le requin est une vraie catachrèse, le terme étant utilisé pour caricaturer les agressifs aux dents longues et sans scrupules.
Le requin, le tortionnaire, c'est la loi de la jungle et ça le fait jouir ! Il a de la gueule, le requin et elle est grande ouverte ! Il n'a pas peur de montrer ses longues dents qui
déchiquettent si bien. La compétition, la bataille, la guerre économique, c'est inévitable ! OK, ça fait des victimes, et alors ? C'est la vie, c'est comme ça ! Marche ou crève ! Si tu marches,
je crève, donc ce sera l'inverse. De plus, moi, le requin, qu'est-ce que ça m'amuse, cette lutte à mort ... Le pied géant !
En politique, le requin n'aime que l'action, le combat, la lutte. Il veut laisser son empreinte dentaire sur tout ce qui bouge. Agissant en bande, il élimine tout ce qui gêne sa progression et se
constitue un troupeau conséquent de carpes-victimes. Il creuse le fossé social, crée népotiquement une caste dominante de dirigeants, prêt à utiliser tous les moyens et arguments pour séduire si
c'est nécessaire, même si ce n'est pas son tempérament profond qui n'est que mépris des carpes.
Nos amis les candidats savent très bien capter les voix des requins. Généralement, il suffit de se montrer comme eux. Sarkozy et Le Pen savent très bien faire les requins mais un peu plus bas
dans les sondages, Poutou et Arthaud aussi. Les quatre ont pourtant des styles très différents mais ils sont tous "contre" quelqu'un ou quelque chose qu'ils le disent clairement ou non.
Il reste donc le dauphin. Très différent des deux autres, le dauphin croit autant à la pénurie qu'à l'abondance, les deux allant de pair. Il croit, il SAIT qu'il y a toujours un choix et qu'avec
de la flexibilité, on peut agir en permanence.
L'adaptabilité est à l'origine de la pérennité. Le dauphin ne connaît pas la pensée unique, il réfléchit et peut changer d'avis en fonction des évolutions. C'est un stratège. Le dauphin
joue avec la houle, sachant que si une vague est porteuse, elle finit pas mourir et qu'il vaut mieux passer à une autre avant ça.
En politique, le dauphin écoute et observe tout le monde. Et aussi le monde entier. Il se fait des opinions et leur intègre une réflexion affective. C'est aussi un créatif qui ne manque pas de
style. C'est un enthousiaste qui sait aussi bien encourager que freiner, punir que récompenser.
Nos amis les candidats ne sont bizarrement pas très forts comme dauphins. Peut-être d'ailleurs est-ce pour cette raison que les Français estiment la campagne actuelle si peu passionnante.
Toutefois, il y a quand même un dauphin notable : Mélenchon. Si on écoute ses discours qui ne laissent personne indifférent, on aime ou on déteste mais on écoute, on entend généralement des
phrases exprimant des idées de nature différente de celles des autres. Rien que dans son clip de campagne, on entend : "nous avons déjà réussi, nous pouvons le refaire", "pas de fatalité" et à la
fin dudit clip : "de l'argent, il y en a ; ce qu'il faut, c'est le mettre au service de tous".
Rien à voir avec un discours de carpe (muette, en plus) ou de requin. Les infos sont claires, elles tendent à faire participer tout le monde pour entraîner une adhésion. L'affectif est présent,
c'est une valeur précieuse et bien traitée, comprise comme excellent vecteur informatif, alors que la plupart des autres la négligent ou la méprisent.
Dans la réalité quotidienne, je crois qu'on a tous les trois métaphores en nous. Même si nous avons une dominante marquée, les trois ont leur place.
Qui l'emportera au moment de glisser le bulletin (ou pas !) dans l'urne ? Quels sentiments nous envahiront ? Peur, colère, tristesse, joie ? La carpe deviendra-t-elle requin le temps d'un moment
? Le requin deviendra-t-il dauphin en remplissant le grand bleu de sa petite enveloppe ? Le dauphin hésitera-t-il devant le choix ?
Nous le saurons le 22 avril à 20h00.