Par Joie Des Mots

L'air sentait le cierge éteint et la robe des chats gris :
une odeur d'automne.
Une lumière de pastel meringuait les labours.
J'allais plus élastiquement qu'au début de mon voyage.
La marche distillait ses bons effets.
Elle me léguait ce trésor dont j'avais tant besoin
et que j'avais été si peu disposé à conserver : le rythme.
Parfois, à grandes goulées,
j'aspirais l'air au-dessus des champs.
Pouvait-on s'enivrer du parfum des prairies lavées par la nuit
comme on s'enivre de bon vin sec ?
Il y avait quelque chose d'excitant dans ces bouffées d'herbes coupées,
le signe que la terre respirait
et que j'avais encore pouvoir de la fouler.
Sylvain Tesson
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