Par Joie Des Mots
Elles sont encore onze à connaître ce geste, et méritent mieux que quiconque le nom de petites mains. Les cabanières sont chargées
d’emballer les fromages dans des feuilles d’étain. Une fonction qui n’existe que six mois par an, de décembre à l’été.
Le reste du temps, elles sont affectées à d’autres postes dans l’entreprise. Mais ces jours-là, elles passent huit heures dans le noir et le silence des caves fraîches. Devant les étagères
remplies de fromages, délestées de leur vernis, de leurs bijoux et coiffées d’une charlotte bleue, elles répètent inlassablement les mêmes gestes. "Tant pis pour le ridicule, il
faut penser au travail", balaie Brigitte Cot, dans l’entreprise depuis 25 ans.
Prendre une feuille d’étain, poser un pain de 3 kg, rabattre les coins, ou becs, puis les soufflets. Passer la main sur le fromage et le rouler sur la tranche pour chasser
l’air. Ranger le pain sur une autre étagère. Et recommencer, cent fois par heure, 750 fois par jour. Plus de deux tonnes de fromage manipulées. Les feuilles d’étain sont
prédécoupées à la bonne taille. Chaque cabanière sait exactement où poser son fromage. Les ratés sont rares.
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