Par Joie Des Mots
Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non !
Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui.
L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance.
Orchestrer le repli me semblait une urgence.
Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs : ne pas tressaillir aux soubresauts de l’actualité, réserver ses colères, choisir ses levées d’armes, ses goûts, ses écœurements, demeurer entre les murs de livres, les haies forestières, les tables d’amis, se souvenir des morts chéris, s’entourer des siens, prêter secours aux êtres dont on avait connu le visage et pas uniquement étudié l’existence statistique […]
Nous serions de grandes troupes sur ces contre-allées car nous étions nombreux à développer une allergie aux illusions virtuelles.
Les sommations de l’époque nous fatiguaient : Enjoy ! Take care ! Be safe ! Be connected !
Nous étions dégoutés du clignotement des villes.
Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, 2016.

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