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L'agroforesterie ...

agro.jpg Nul besoin de se remémorer les mythiques jardins suspendus de Babylone et ses arbres luxuriants « imitant les charmes de la nature » pour redécouvrir les vertus de l'agroforesterie.
C'est dans les années 1970, alors qu'ils menaient une étude sur la déforestation en milieu tropical, que des scientifiques canadiens du Centre de recherche pour le développement international (CRDI) découvrent les interactions positives de l'association sur une même parcelle des arbres avec des cultures vivrières – ou de l’élevage. Les résultats de cette étude sont saisissants : amélioration des rendements, enrichissement des sols, moindre érosion... Pour le Centre mondial de l’agroforesterie (ICRAF), fondé en 1978 à Nairobi afin de poursuivre les recherches, cette technique agronomique permet de « gérer les ressources naturelles en se reposant sur des fondements écologiques » mais aussi « de diversifier et de maintenir la production afin d’améliorer les conditions sociales, économiques et environnementales de l’ensemble des utilisateurs de la terre. »
Avec 38% des terres cultivées soumises à l'érosion et à la désertification, soit 1,9 milliard d’hectares faisant vivre 2,6 milliards de personnes, les chercheurs du Centre de Nairobi ont, d’abord, travaillé sur les arbres capables de restaurer la fertilité des sols dégradés. En Afrique, les « arbres fertilisants » les plus prisés sont l'Acacia Gliricidia et son cousin le Faidherbia Albida. Ces deux essences sont capables de fixer l'azote en profondeur et d'améliorer la teneur en matière organique de l'humus tout en préservant son humidité grâce à leur couvert végétal et leurs racines profondes. Leur feuillage fait également un excellent fourrage à bétail. D'après les études de la station de l'ICRAF à Makoka au Malawi, le maïs peut atteindre des rendements de 3,7 tonnes par hectare en poussant aux côtés des gliricidias contre 1,1 tonnes en conditions normales. D’une manière générale, plus de 5000 espèces d’arbres sont communément utilisées dans les fermes des petits paysans du Sud pour au moins soixante fonctions différentes.
Pourtant l'agroforesterie ne saurait se limiter aux pays tropicaux. Les expériences menées par Christian Dupraz, directeur de recherche à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), sur la station de Restinclières près de Montpellier, montrent que l'agroforesterie a toute sa place dans nos agricultures tempérées (voir vidéo). Dans nos contrées, le remembrement et l'assolement des terres, l'usage excessif de pesticides et la mécanisation ont quasiment fait disparaître les arbres champêtres.  Dans un monde menacé par le réchauffement global, l'agroforesterie offre une bien meilleure capacité de résilience et d'adaptation aux chocs climatiques. La culture d'arbres permet de séquestrer les GES dans le sous-sol et la biomasse, et offre une réponse efficace pour atténuer la concentration (« mitigation ») de ces gaz dans l'atmosphère.  Le potentiel est immense, l'agroforesterie pourrait bien transformer l'agriculture de demain en premier puits mondial de carbone et radicalement changer la face du monde rural. Encore une raison de ne pas scier la branche sur laquelle nous sommes assis...
Benjamin Sourice

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