Par Joie Des Mots
Chaque époque a ses sinistrés de l’âme. Tout de même je ne peux m’empêcher de penser que, vingt ans en arrière, allez... dix ans seulement en arrière, il y avait davantage de choses auxquelles se raccrocher. Il y avait plus de beauté qu’aujourd’hui. Et ça n’ira que de mal en pis.
Quand des envies de meurtre me prennent. Des heures de travail souillées en quelques secondes par des "artistes". Derrière l'enduit, le travail des maçons, sous la chaleur, sur un échafaudage inconfortable, étriqués entre deux souches de cheminées, à peine de quoi jeter le mortier. Sur la corniche, que j'ai moi-même posée, moi qui apprends le métier, avec passion, souffrance donc, cette corniche, avec en bout de piste cette dernière pierre posée, dernière d'une longue série (la façade doit faire une vingtaine de mètres) symbolique, comme la fleur au bout de la tige, comme arrachée par ce tag affreux en une fraction de seconde. Les ardoises des couvreurs, taguées elles aussi. Obligé de revenir sur le travail accompli, car tout cela va devoir être effacé, mais avec quel résultat ?
D'un côté, le long, dur, patient, anonyme travail de l'ouvrier, en quête de noblesse, qui apprend l'humilité, la supériorité de la matière, du réel, de l'autre, le caca égoïste d'un individualisme forcené. Mon travail contre le leur.
Lequel mérite d'exister, de sauter aux yeux ? Peut-on attribuer, objectivement, une valeur aux choses ? Oui, c'est la noblesse, mère de la morale, qui doit trancher. Ou alors on dit oui à la destruction, oui à la laideur, oui à la défaite.
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