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Le cochon rend sourd ...

La semaine prochaine, nous saurons si le cochon rend sourd. Persuadé qu’il est devenu dur de la feuille à cause de son travail dans les élevages industriels, un porcher poursuit son employeur pour « faute inexcusable » devant le tribunal des affaires sociales du Jura. Verdict le 11 septembre.

Pendant vingt ans, Serge Personeni a nourri et soigné des milliers de cochons dans trois grosses porcheries industrielles du Doubs et du Jura appartenant à une entreprise de salaison savoyarde. « Le pire, c’était à l’heure du repas : les cochons hurlaient quand ils entendaient les machines à préparer la nourriture », a raconté l’ouvrier agricole de 59 ans.

Après cinq ans d’enquête, La Mutuelle Sociale Agricole a reconnu son invalidité, avec une perte d’audition de 40 % aux deux oreilles. Ce qui l’oblige à lire sur les lèvres s’il veut suivre une conversation. On ne s’en doute pas, mais, d’après les calculs de l’Institut National de Recherche et de Sécurité des Accidents du travail et des Maladies Professionnelles, le cri du cochon peut atteindre les 115 décibels, seulement 15 de moins que le bruit d’un avion qui décolle et bien au-delà du seuil de surdité (90 décibels). Or, une porcherie industrielle peut compter jusqu’à 2 000 porcs.

Le cri du goret n’est pas le seul danger qui guette les éleveurs (qui sont actuellement 27 000). L’air d’une porcherie est à la limite de l’irrespirable. D’abord il y a la poussière irritante générée, notamment, par la desquamation de l’épiderme des cochons. Ensuite, les vapeurs d’ammoniaque, de dioxyde de carbone et de sulfure d’hydrogène qui remontent des fosses à lisier installées sous leurs pieds. Sans compter les émanations de CO² relarguées par leur respiration. Les porcheries sont aussi des nids à microbes. L’atmosphère contient jusqu’à 1 200 fois plus de levures, de moisissures et de bactéries (telles que le staphylocoque et le streptocoque) que l’air normal.

Combien d’ancien éleveurs de cochons bénéficieront du « compte individuel pénibilité », promis par Jean-Marc Ayrault dans sa réforme des retraites ? Quand on demande le nombre exact de maladies professionnelles déclarées dans les porcheries industrielles, la médecine du travail tout comme les mutuelles agricoles refusent de livrer les chiffres. Elles font la sourde oreille ?

Le Canard Enchaîné N° 4845 du 4 septembre 2013
Altermonde-sans-frontières

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