Par Joie Des Mots
Ce n’est pas irrespect de ma part mais le problème des vacances du gouvernement est devenu à ce point lancinant et ridicule
depuis des semaines qu’on est invinciblement porté à faire référence à Jacques Tati et aux vacances de Monsieur Hulot.
On a bien compris que l’an dernier, le président de la République en avait trop pris au mois d’août, et à Brégançon, un lieu où il se sentait autant enfermé qu’à
l’Elysée. Il se l’était beaucoup reproché et avait expliqué sa chute rapide dans les sondages par cette estivale maladresse alors qu’elle était liée plutôt aux cafouillages politiques et
parlementaires qui précédaient. Il a donc décidé, cette année, de réduire ses vacances et celles du gouvernement malgré les objurgations du Premier ministre et de quelques ministres. Elles
dureront du 2 août au 19 août. Est-il normal que ce sujet ait autant occupé les esprits politiquement et médiatiquement ? N’y avait-il rien de mieux à faire pour la France d’aujourd’hui que
de débattre du repos de nos gouvernants, de sa durée et de ses modalités ? Il y a quelque chose d’indécent dans l’hiatus entre ces soucis et l’immensité des difficultés auxquelles le Pouvoir
doit s’affronter et qui n’interdisent pas une pause, mais au moins qu’on ne constitue pas ce thème en enjeu dominant.
Un ministre a vu juste qui persifle : "Ne pas prendre de vacances, c’est un truc de losers". Cette appréciation pertinente révèle surtout
le malaise de notre président de la République à trouver le ton adéquat, à définir le rythme cohérent et à choisir la bonne démarche. Hier, c’était trop et aujourd’hui, c’est trop ostensiblement
une ascèse qui ne trompera personne et ne fera pas gagner un pouce au gouvernement dans l’estime de l’esprit public. François Hollande ne parvient pas à mettre en œuvre avec naturel l’équilibre
des droits et des devoirs, obsédé qu’il est par l’envie de ne pas suivre les traces de Nicolas Sarkozy tout en s’inspirant à l’évidence de l’exemple atypique de celui-ci pour la forme de sa
présidence. Le beau concept de normalité, qui aurait pu être opératoire s’il avait été incarné avec simplicité, est, dans la réalité, totalement altéré parce que le chef de l’État s’interroge en
permanence pour déterminer quelle normalité est acceptable et quelle autre insupportable.
Ce flou suscite paradoxalement une focalisation sur ce qui devrait être largement au second plan pour un Pouvoir responsable et en pleine action. Celui-ci, dans la
presse et l’urgence, aurait toutes les raisons du monde pour se tenir à mille lieues de ces préoccupations d’intendance personnelle quand la gestion de la France elle-même pose d’infinis
problèmes d’intendance, et de quelle ampleur ! Des critiques, alors, sont formulées qui partisanes ou profondes tirent des conclusions de ces approximations liées à l’organisation politique
des vacances. Un Dominique Bussereau se laisse aller à un jeu de mots facile "On ne reproche pas au Pouvoir ses vacances mais sa vacance". François Baroin renchérit et il
n’a pas tort : "Il est surréaliste et navrant de voir les ministres se plaindre de fatigue alors qu’ils sont en poste depuis un an". Olivier Dartigolles, pour le
PCF, cingle plus rudement quand il affirme que "cette communication sur l’été sacrifié des ministres laisse un goût amer quand on pense aux millions de
vrais oubliés des vacances".
S’il y a de remarquables communicants, j’en suis persuadé, dans l’environnement amical de François Hollande, je ne suis pas convaincu, en revanche, par la qualité et l’efficacité de ceux, ministres, conseillers, professionnels, qui gèrent la communication du Pouvoir au quotidien. Car reconnaissons tout de même l’étrange tour de force négatif d’avoir réussi à faire naître et durer des polémiques non pas sur la politique et les mesures du Gouvernement mais sur ses siestes.
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