Par Joie Des Mots
Par Philippe Bilger
Depuis la mort de Nelson Mandela le 5 décembre, on n’en fait pas trop sur cette immense personnalité et ce caractère formidablement trempé. Pourtant sensible à l’hypertrophie, je n’ai rien à redire face à cette émotion quasiment universelle comme si le corps de l’humanité avait perdu l’un de ses membres. Se trouvait amputé d’un organe essentiel. Rien de fait n’a été plus ridicule que l’absence de réactivité de France Inter préférant s’autocélébrer plutôt que de consacrer sa "matinale" à cette disparition, alors qu’au quotidien cette radio nous "bassine" avec un progressisme conformiste et condescendant. Elle donne des leçons alors qu’elle mériterait d’en recevoir.
La violence et la lutte armée dont Mandela a été l’un des fers de lance, quand, chef de la branche combattante de l’ANC, il les a mises en oeuvre, n’assombrissent pas son image. En effet, il ne s’y est résolu qu’après avoir prôné une modération qui ne servait que l’adversaire. Le scandale absolu, pour son pays, de l’apartheid rendait légitime tout ce qui visait à s’y opposer, quelles que soient les manifestations de ce refus. Surtout Mandela, contrairement à tant d’autres, n’a jamais cherché à justifier le terrorisme et à se donner bonne conscience. Devant la Commission Vérité Justice, il a assumé et n’a pas ennobli hypocritement le sang et la mort résultant de son action un temps sans merci. Il a démontré, une fois libéré, à quel point son obsession n’était pas de tuer et de faire tuer mais d’imposer cette intrépidité inouïe à son peuple de savoir résister à ce qui venait le plus naturellement aux victorieux sous toutes les latitudes : la vengeance et la haine institutionnalisées à rebours.
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article24692
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog