Par Joie Des Mots
Par Jean-Claude Guillebaud
Les deux soirs des départementales ont été studieux. Zappant d’une chaîne à l’autre, on a écouté de longues heures de débats, de conjectures, de sentences ; le tout dans une atmosphère de déroute. Au bout d’un moment, sauf le respect qu’on doit à la démocratie – même locale – on pensait à Raymond Queneau, l’auteur de « Zazie dans le métro ». C’est un peu la voix de Zazie qu’on entendait ces deux soirs-là, quand la même phrase revenait en boucle : « Çafaitmonterlefrontnational. » Cette drôlerie oulipienne nous aida à éviter le coup de cafard.
Car enfin, Ce n’est pas bien difficile à comprendre, ce qui, depuis longtemps, « faitmonterlefrontnational ». Dans une récente chronique de Libération du 23 mars, Thomas Picketty évoquait la « double peine » qu’on impose aux classes dites populaires : d’abord, la peine économique (chômage, précarité accrue, etc.), ensuite, la peine politique (inégalité, moindre protection, etc.). À ces deux pénalités, il faudrait en ajouter une troisième : l’humiliation. Petit exercice de mémoire : dès après 1989, pour la sous-culture médiatique qu’on entend bruisser sur les radios et ailleurs, les « travailleurs » ont été métamorphosés en beaufs, en Dupont-Lajoie, voire en ploucs. Dans le même temps, les intellectuels télégéniques, petits marquis poudrés des palais républicains, ont déserté le terrain social, abandonnant les pauvres aux nouveaux puissants d’un côté, aux démagogues de l’autre.
http://www.altermonde-sans-frontiere.com/spip.php?article28296

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