Par Joie Des Mots
Le chômage, parce qu'il affecte les personnes au plus profond de leur dignité, bouleverse leurs familles et sape les
fondements de notre société, est une tragédie. Ses conséquences sont telles que l'on doit comprendre que ceux qui en souffrent puissent appeler la croissance de tous leurs voeux. Il ne peut
en être autrement. Tout est mis en oeuvre pour accréditer l'idée selon laquelle seule croissance, développement et progrès sont synonymes et qu'ils sont synonymes de plein emploi.
Alors que les ressources non renouvelables s'épuisent à un rythme accéléré - ce qui ne peut que provoquer tensions, rivalités
et conflits - comment ne pas reconnaître que la croissance doit être pensée à l'aune de nouveaux critères ? Comment ne pas comprendre que s'il est des activités qui doivent croître - celles liées
aux productions alimentaires de qualité, à la santé, à l'éducation, à la culture, à l'habitat, aux transports en commun - il en est d'autres qui doivent décroître : celles qui concourent à
l'effarant gaspillage de la nourriture, de l'eau, de l'énergie et à la fabrication de gadgets et de biens conçus pour répondre au concept "d'obsolescence programmée". Un concept qui en dit long
sur les dérives de notre société, qui est une insulte à l'idée même de "développement durable" promu par les Nations Unies en 1992 ...
Continuer ainsi que le font tant de nos "élites", à invoquer la croissance tel un talisman qui serait l'ultime remède au
chômage, relève du fétichisme. C'est une manière bien commode de s'exonérer du devoir de s'interroger sur les dispositions à prendre pour assurer un partage plus équitable du travail et des
richesses. Et de s'interroger aussi sur la manière de produire sans détruire les équilibres naturels sur lesquels repose la vie.
Il est plus facile de s'en prendre à des associations de protection de la nature. Plus facile d'en faire des boucs émissaires
du chômage que de réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour répondre aux nouvelles attentes sociales et assurer la transition à laquelle nous n'échapperons pas.
Ainsi de notre civilisation technicienne qui a fait de la consommation l'ultime horizon des hommes et qui a du mal à
comprendre que les "Trente glorieuses" sont derrière nous.
Aggravation du chômage ou aggravation de la crise écologique ? S'enfermer dans cette alternative, c'est ouvrir la voie à une
tragédie ; une tragédie qui n'aurait plus rien à voir avec celle qu'évoquèrent les penseurs de la Grèce antique car elle affecterait cette fois l'humanité toute entière et la Terre, son unique
Cité.
Jean-Claude Pierre
Conseillet économique social et environnemental de Bretagne
Sur Ouest-France.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog