Par Joie Des Mots
Jules-Gérard Saliège n’était pas un prélat comme les autres. C’était un homme simple et pieux, qui voyait loin et que, pour cette raison, la déchristianisation de la France, que peu d’hommes voyaient avec la même lucidité que lui, terrifiait. Victime d’une attaque cérébrale en 1932, Mgr Saliège s’exprimait très difficilement en public, mais son esprit était toujours délié et sa plume particulièrement perçante. Quant au devoir de vérité que réclame le sacerdoce, on peut dire qu’il ne s’en est guère éloigné dans la tourmente de l’Histoire. Dès 1933, l’évêque de Toulouse disait en public que la persécution des Juifs était la persécution de « cet être vivant, personnel, dont le souffle a traversé et porte toute l’histoire d’Israël : Jéhovah, celui que j’appelle le bon Dieu, le Juste par excellence ». Et de conclure : « Comment voulez-vous que je ne me sente pas lié à Israël comme la branche au tronc qui l’a porté ! »
La lettre de Mgr Saliège…
Le 23 août 1942, Saliège fait lire en chaire, par tous ses prêtres, une lettre brève et percutante qui condamne, au nom de la plus élémentaire humanité, les arrestations de Juifs dans son archidiocèse et le traitement qui leur est infligé. Cette lettre se diffuse, sous le manteau, dans toute la France. Elle connaît une célébrité immense et montre que l’Église catholique de France n’est pas une simple institution mondaine qui préserve ses rapports avec le pouvoir quel qu’il soit. Serge Klarsfeld révèle, dans sa tribune, une lettre du général de Gaulle, datée du 27 mai 1942 - une lettre dont on peut légitimement penser qu’elle a inspiré le prélat.
Et la lettre du Général
Outre le style impeccable du Général - on relira avec plaisir ce parfait cocktail de prose à la française, moitié sobriété latine, moitié magnificence Ancien Régime, outre la perfection formelle d’un homme qui savait vivre (il n’y a plus guère que le président de l’Association de la noblesse française (ANF), en 2024, pour faire un tel sans-faute quand il écrit à Macron), c’est le fond de cette lettre qui suscite la plus sincère admiration. Après quelques mots pour fustiger l’attitude d’« une partie de l’épiscopat français à l’égard de la politique et des gens dits "de Vichy" », qui « risque d’avoir des conséquences graves en ce qui concerne la situation du clergé et peut-être même de la religion en France après la libération », de Gaulle « souhaite infiniment que, tandis qu’il en est temps encore, la voix de nos seigneurs les évêques » s’élève fortement contre la politique de l’occupant. De Gaulle ne va pas plus loin, mais il dit tout sans le dire : « Il me semble que Votre Grandeur a discerné déjà ce que je me permets de lui exprimer. » Quel talent, tout de même…
Monseigneur Saliège fera ce qu’il faut. Il n’obéira pas ; mieux : il trouvera avec de Gaulle cet « accord » dont le Général parlait justement dans sa lettre. L’enchaînement des deux événements est évident. Monseigneur Saliège sera fait compagnon de la Libération : c’était bien le moins.
https://www.bvoltaire.fr/la-lettre-de-mgr-saliege-sur-les-juifs-une-inspiration-de-de-gaulle/

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