Par Joie Des Mots
Par Clara Dupond-Monod
Il y a un moment où ça devient inconvenant. Pourtant, on n’a rien contre les « fils et fille de ». Du cinéaste Jacques Audiard au chanteur M en passant par Charlotte Gainsbourg, ils sont légion à avoir démontré que marcher dans les pas de papa et maman relevait du tour de force.
Alors ? Alors, quand on voit pour la 23 456ème fois Lily-Rose Depp s’étaler dans les magazines ou avancer sur le tapis rouge de Cannes, enrobée de commentaires énamourés qui vantent « la ressemblance frappante avec sa mère, Vanessa Paradis », nous vient une question toute bête : qu’est-ce que Lily-Rose Depp a accompli, dans sa courte vie, qui justifie pareilles révérences ? Elle a tenu un rôle dans La Danseuse, en 2016 ; elle est « l’égérie Chanel », expression plus présentable que « femme sandwich », elle partage ses fringues et ses sorties sur Instagram. Sinon, elle est la fille de Vanessa Paradis et Johnny Depp. Le voilà, ce moment inconvenant. Est-ce l’aspect ingénu de l’adolescente, le suivisme médiatique, le simplisme des logiques commerciales ? Mais on peut se souvenir que le principe de consécration, par définition, vient couronner un dur et beau travail ; que la célébrité est liée, même de loin, à la noble notion de mérite ; que l’émergence médiatique ne doit rien au pedigree, au nom-tremplin ou aux contrats publicitaires, mais à la seule force de la compétence.
Je dois être un peu réac. Mais avouez : la reconnaissance ne s’appuie-t-elle pas sur l’admiration ? Et dans le cas de Lily-Rose Depp, que faut-il admirer ?
(Illustration : Lily-Rose Depp au festival de Cannes le 17 mai 2017)
Marianne N° 1054 du 2juin 2017
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