Votre France des bonnes nouvelles est-elle un pied de nez au pessimisme français ?
On a oublié
le chemin parcouru. "Votre problème c'est que vous ne manquez de rien" disait mon grand-père qui avait vécu 14. Arrêtons de pleurer la bouche pleine" : C'est ce que disent les brésiliens, les
chinois ou les africains "Si seulement nous avions votre niveau de vie ..." Nous ? nous ne pensons plus qu'à défendre nos acquis.
Nos acquis résisteront-ils à la crise ?
Demain, notre bouche sera moins pleine, nous pleurerons
moins. Et c'est tant mieux. Nous ne sommes pas en crise, nous sommes en mutation. Une crise, c'est un mauvais moment à traverser, et ça repart. Une mutation, c'est comme si nous passions de la
chenille au papillon, un autre monde.Ceux qui refusent de changer dans un monde qui change disparaissent.
Il faut se résoudre à partager ?
On n'est plus tout seul autour du banquet de croissance. Nous sommes en crise en Europe, et la Chine est en pleine croissance. Faut-il s'en réjouir ? La mauvaise nouvelle c'est qu'on n'est pas
sout seul et que les ressources énergétiques étant limitées, elles vont être de plus en plus chères.
Le problème de l'environnement serait un mal pour un bien ?
Nous paierons de plus en plus cher pour maintenir nos modes de consommation. Cela va nous obliger à innover, à se montrer plus responsable vis-à-vis des générations futures. De ce point de vue,
la dette n'est pas supportable.
Nous avons vécu au-dessus de nos moyens ?
Nous avons vécu sous la morphine de l'emprunt. Ce n'est plus tenable.
On a donné aux français l'illusion que tout le monde allait avoir un emploi de fonctionnaire. On a créé une société de dépendance, un état providence.
Vous rêvez d'une France sans fonctionnaires ?
Il y a une telle inefficacité, un tel absentéisme, dû au manque de management ... Je plaide pour un modèle à la Suédoise : que tout le monde ait le même statut, un contrat à durée indéterminée,
au nom de l'égalité des traitements. Dans ce cas il n'y a plus de fonctionnaires, plus de régimes spéciaux.
L'immigration est-elle une aubaine ?
L'Europe est en plein suicide démographique. Nous avons besoin de bras et de cerveaux. A condition de bien intégrer les personnes et de ne pas tomber dans une "seine saint-denisation". Quand il y
a trop de sable, le ciment ne prend pas. En Bretagne, en revanche, on manque d'immigrés...
Mais c'est un sujet politiquement sensible !!!
Comment faire évoluer les retraites ?
Comptons le nombre d'heures de travail réalisées au cours de la vie pour obtenir le nombre de points nécessaires : 70.000 heures, par exemple. Libre à chacun de s'arrêter plus tôt, de travailler
comme un diable jusqu'à 35 ans ...
Faudra-t-il travailler plus ?
Pour ne pas gagner moins ... oui ! Les Français pensent encore qu'ils peuvent travailler moins que les autres parce qu'ils sont productifs. Nous détenons plusieurs records : la plus forte dépense
publique, le plus faible nombre d'heures de travail par habitant et le plus fort taux de chômage des jeunes. Nous avons trois fois moins d'apprentis que l'Allemagne alors que des centaines de
milliers d'offres d'emplois restent insatisfaites.
Trop d'état étouffe l'initiative ?
La France d'en haut va mal ; elle ne cesse d'imaginer des choses qui ne marchent pas, comme les 35 heures ou les emplois d'avenir qui vont coûter 15.000 euros par tête. Celle d'en bas se porte
bien elle innove. Le mal est en nous, la solution aussi : notre bon développement tient à la qualité de vie dans les territoires, à l'hamonie sociale. Aux hommes aussi, ça me rend optimiste. Il
faut organiser la contagion des initiatives, fédérer les bonnes pratiques au niveau national, faire se rencontrer les gens qui bougent. Finalement, on pleure parce qu'on commençait à
s'ennuyer.
La crise serait une chance ?
Elle va recréer des liens entre les hommes, de la solidarité. Pour survivre, nous n'avons pas d'autre choix que de nous unir.
Michel Godet
Il vient d'écrire un livre : La France des Bonnes Nouvelles