Par Joie Des Mots
L’été, les magazines tartinent sur les bienfaits du saumon. Il y a bien quelques rabat-joie pour nous rappeler que le saumon d’élevage, celui qu’on trouve en majorité dans notre assiette, est massivement traité aux antibiotiques, fait trempette dans des bains antiparasitaires pour se débarrasser des poux de mer et que, depuis un mois, il ingurgite de nouveau des farines animales.
Une information passée quasi inaperçue pourrait diminuer encore davantage l’enthousiasme des
gourmets : l’année dernière, les Français se sont régalés sans le savoir de saumon sauvage farci de dioxines ! Le plus
savoureux, dans l’histoire, c’est que ce poisson drôlement assaisonné a été servi en tranches, en filets, en dés, en tartare dans les grandes surfaces, au nez et à la barbe des services vétérinaires, des Fraudes et des Douanes. C’est un documentaire de la télé suédoise qui a révélé que, entre 2011 et 2012, 103
tonnes de saumon scandinave ont été importées illégalement en France.
Depuis trois ans, il est interdit de servir aux consommateurs européens du saumon pêché dans la Baltique, mais les Suédois, les Lettons et les Finlandais, les trois riverains de cette joyeuse poubelle qu’est devenue la Baltique, ont décroché auprès de Bruxelles une dérogation pour continuer de consommer du poisson local, « avec modération », afin de soutenir leurs pêcheurs. Les enfants et les femmes enceintes, pas plus de trois fois par an. Il faut dire que le salmonidé ramené dans les filets affiche jusqu’à 35 fois le niveau maximal de dioxines, cochonneries chimiques qui, rappelons-le, détraquent le système immunitaire et chamboulent nos hormones.
C’est là qu’un importateur français, installé dans le Pas-de-Calais, a eu la chouette idée de se fournir en saumon pas cher chez les Suédois. Des dizaines de tonnes ensuite revendues à des transformateurs, qui les ont fourgués à des Carrefour et des Intermarché. Interrogées par Le Canard, les deux enseignes jurent qu’elles ne savaient pas qu’il s’agissait d’importations illégales, assurent que tous les contrôles réalisés après coup étaient « conformes », et qu’elles interdisent, depuis mai, à leurs fournisseurs de s’approvisionner en poissons gras de la Baltique.
On se demande bien où sont passées les 103 tonnes ! Pour le moment, le ministère de l’Agriculture donne sa langue au (poisson) chat…
Le Canard Enchaîné N° 4838 du 17 juillet 2013
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