Par Joie Des Mots
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Quand j'aime quelqu'un, que j'aime un artiste ou un être humain, j'aime quelque chose en lui. Je l'ai choisi à un certain moment pour quelque chose et je continue à l'aimer pour cette chose là. S'il a des attitudes, s'il a des comportements par la suite qui me gênent, je me réfère à ce que j'ai aimé chez lui. Je trouve qu'on n'aime pas assez généreusement. Il faut aimer aussi les défauts de ceux que l'on aime. Moi, je prends les êtres comme les paysages, c'est à dire comme ils sont. Je n'ai pas de parti pris. Il y a interprétation entre les qualités et les défauts : telle qualité qui fait la valeur de X. devient insupportable chez quelqu'un d'autre, à cause d'un défaut qui lui fait pendant.
On aime de façon trop absolue. On manque surtout de tolérance ; c'est le principal défaut de l'humanité. D'abord, les gens t'aiment presque toujours pour de fausses raisons, pour une idée qu'ils se sont fait de toi. Si les êtres se mettaient à aimer généreusement, tout serait beaucoup plus simple. Mais on est trop absolu. J'ai l'impression qu'il ne faut jamais condamner personne parce que les hommes sont presque tous, dès qu'ils ont passé un certain âge, de pauvres petits bateaux en papier qu'on jette sur une mer démontée, sans compas, sans boussole, sans rien. Moi aussi d'ailleurs, je suis comme eux, je suis un petit bateau en papier qui vogue comme ça, sans savoir tellement où il va. Je pense qu'il faut être prudent quand on condamne les êtres. Il m'arrive dans mes chansons d'être plus dur que je ne le voudrais, mais ce sont seulement des moments de colère.
Extrait du livre de Loïc Rochard "Brassens par Brassens" (pag. 109/110)
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