Par Joie Des Mots
Elle a une tête bien pleine : la bardée de diplômes dirige le département des sciences sociales à l'université
Paris-Descartes. Elle a un physique qui vous happe : regard farouche et comme tremblé, savoureux accent chantant, mains qui dansent. Tout pour être heureuse, on le lui a assez seriné.
Michela Marzano, 42 ans, a publié treize essais et deux dictionnaires. Légère comme un papillon est son premier texte autobiographique. Elle dévoile son secret, la
maladie ¯ l'anorexie ¯ qui a failli la tuer. Pourquoi a-t-elle sombré dans ce gouffre ? Elle explore deux pistes.
La première, à 18 mois, en Italie. Sa mère, professeure d'arts plastiques en collège, est hospitalisée trois semaines. Personne n'a prévenu la petite. Elle est où, maman ? Irrémédiable
sentiment d'abandon.
Seconde piste : le père adoré, un économiste qui ne lui a pas enseigné l'art de la joie, mais le poids du devoir et du renoncement. Sa Michela, il veut qu'elle soit la plus belle, la
meilleure de la classe, la plus autonome. Il sait ce qui est bon pour elle. Alors, elle veut tout faire pour mériter cette fierté et garder cet amour. Défi mortifère.
« Ne pas vouloir sans cesse réparer le passé »
Ce récit, Michela Marzano l'a écrit en italien. « Retour à la langue maternelle », c'est dire si elle va mieux aujourd'hui ! Sans exhibitionnisme, de manière crue,
elle raconte son parcours professionnel, la bataille avec le corps (toujours faim, se damner pour des pâtes, s'en priver ou s'en empiffrer, donc vomir).
Elle dit les premières passions, les ruptures dévastatrices, les amants de passage et un mariage comme une fuite, qui l'ancre en France.
D'une écriture tout en fulgurances, drôleries et ressassements, la philosophe dispense, l'air de rien, une leçon de savoir vivre. Pour tenir à distance le désespoir, il faut « ne pas
vouloir sans cesse réparer le passé. Ne pas chercher à gommer ses fêlures. Se laisser bouleverser. Accepter que des questions restent sans réponses ».
Fini le cauchemar. L'apaisement lui inspire une superbe définition de l'amour : « Donner à autrui la possibilité d'être autre chose que ce qu'on attend de
lui. »
Colette DAVID.
Thème Magazine © - Hébergé par Eklablog