Par Joie Des Mots
Une fois que l’humanisme a perdu du terrain dans son âme, le vagabond ne se met plus en route sur les chemins du monde dans l’unique souci de rencontrer des hommes. Parfois même, il lui arrive de les éviter ostensiblement. Il choisit des régions dépeuplées. Il fait un détour quand il parvient en vue d’une ville ou d’un campement. Il n’a pas besoin de converser; il possède ses poèmes et le chant du monde. Il a d’autres rendez-vous : avec la beauté des forêts, avec le soupir des marais, avec le vol des insectes et le ressac des mers. Et ces rendez-vous-là sont offerts à la solitude, fidèle amante du voyageur à laquelle devrait être donné le nom de félicité.
J’ai découvert (si tard) combien un homme seul était en bonne compagnie.
[…] Apprendre à rester seul, pour vivre plus densément. Encore faut-il préciser qu’un vagabond romantique solitaire n’est jamais vraiment seul. Il a recours à la présence[…] des fées. Celui qui a fait sien le mot de Novalis invitant à « être perpétuellement en état de poésie », saura reconnaitre dans chaque expression de la nature la manifestation de leur existence.
Sylvain Tesson

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