Par Joie Des Mots
Le long des boulevards et le long des rues elles étoilent les maisons;
À l’heure grise du matin, repliant leurs deux ailes en persiennes, elles abritent les exquises paresses et emmitouflent de
ténèbres le Rêve frileux.
Mais le soleil les fait épanouir comme des fleurs, – avec leurs rideaux blancs, rouges ou roses, -
Le long des boulevards et le long des rues.
Et tandis que la vitre miroite comme de l’eau dormante, que de charme inquiétant et que de confidences muettes, entre les
plis des rideaux blancs, rouges ou roses.
Les arabesques des guipures chantent les existences heureuses,
Les feux joyeux dans les cheminées,
Les fleurs rares aux parfums charrieurs d’oubli,
Les fauteuils hospitaliers où sommeillent les voluptueuses songeries et – dans la splendeur des cadres – les évocations de
pays rêvés.
Mais comme ils pleurent les lamentables rideaux de mousseline fanée,
Que de plaintes et que d’angoisses dans le lambeau de percale salie qui semble pris à un linceul;
Et comme elles sont tragiques les fenêtres sans rideaux, -
Les fenêtres vides comme des yeux d’aveugles, -
Où sur la vitre brisée, le morceau de papier collé plaque des taies livides…
Parfois pourtant elle est radieuse la pauvre fenêtre, au bord du toit,
Quand, pour cacher sa triste nudité, le ciel la peint tout en bleu.
Avec son pot de géranium chétif, elle semble alors – la pauvre fenêtre, au bord du toit, – un morceau d’azur où pousseraient
des fleurs.
Marie Krysinska
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