À Puimisson, petit village de l'Hérault, les moines et moniales de Saint-Joseph renouent avec la tradition des moines bâtisseurs du Moyen-Âge. Avec la foi d'un pariun peu fou : construire un monastère. Le tout, grâce à la providence des nouvelles technologies. Et à Cloclo !
Au nom du père, du fils et de Claude François. Tel pourrait être le chapitre premier de la genèse du projet des moines et
moniales de la congrégation de Saint-Joseph. Mais quel rapport entre le chanteur tombeur de ces dames et les piliers de la foi chrétienne ? La réponse se visionne en un clic. Un clip de
trois minutes posté en 2010 sur le site Dailymotion. Là, sur l'air de Si j'avais un marteau, une quinzaine de religieux posent du ciment, charrient des brouettes de pierres,
manoeuvrent des tractopelles...
Pendant que les uns bossent, une soeur jongle avec un ballon de foot, un frère s'adonne à un petit roupillon, un autre se fait tout bonnement... écraser par un bloc de pierre. Humour et
dérision sans contrition. « Qu'est-ce qu'on a ri en faisant ça !, se souvient le père Joseph-Marie Verlinde, prieur et fondateur de la congrégation.
En deux jours, on a bouclé le clip. Vous comprenez, nous n'avons pas que ça à faire ! »
48 heures à jouer aux acteurs, c'est déjà énorme dans une vie monastique fondée sur la règle de saint Benoît où prière et silence sont de rigueur sept heures par jour. Ils y ajoutent sept
heures de travail manuel. « Mais cette vidéo, puis le site Internet, ont été d'excellents moyens pour faire parler de notre projet, raconte le père
« Barbu », comme il aime à se présenter. Il fallait qu'on explique de manière moderne notre pari fou de construire un monastère. Bon, j'avoue que Facebook et Twitter, j'ai
arrêté, c'était trop de temps ! »
Depuis, le clip a été vu 100 000 fois, avec l'espoir d'un miracle sonnant et trébuchant. Car là est la pierre fondatrice de l'aventure : une com' diablement bien pensée pour appeler
aux dons afin de construire l'église abbatiale déjà inaugurée, le cloître, la salle du chapitre et le scriptorium. Soit 1050 m2 « dans
le style roman cistercien avec la belle pierre locale de Beaulieu. » Le coût est estimé à 5 millions d'euros. « Je
sais, ce n'est pas rien, reconnaît le prieur. Ce projet a été un cas de conscience en cette époque de crise économique. Mais ce n'est pas un caprice. Juste une
nécessité. »
L'actuel bâtiment est devenu trop exigu pour les quatorze membres de la communauté et les milliers de pèlerins. Soeur Bernadette, douce et joyeuse, en charge de l'accueil, détaille dans un
sourire : « La vie laïque du site est très active. Nous organisons des séminaires, des retraites, conférences, débats, concerts... Chaque année, plus de
20 000 personnes passent ici. Nos locaux ne nous permettent plus de vivre notre rythme monastique où le silence, la prière, la contemplation sont le fondement de notre
foi. » Le père Verlinde renchérit avec malice : « Notre saint patron avait sa maison, il fallait bien que ses serviteurs en
aient une ! »
Tous croient que la foi peut soulever des montagnes. Soeur Bernadette n'en doute plus : « Regardez notre abbatiale. C'est un beau début,
non ? » Le prieur s'enthousiasme : « Ce serait chouette d'avoir tout fini en 2016. Mais on n'entame les
travaux que si les fonds sont là. » Pour boucler, il faudra ajouter 2 millions d'euros aux 3 113 dons déjà recueillis.
« On n'a pas d'argent mais des mains. C'est aussi cette mobilisation de bénévoles qui nous motive. »
Ce projet, les moines et moniales le regardent comme la consécration d'un engagement communautaire : « Si le gros oeuvre est réalisé par des entreprises, nous
essayons de faire le maximum par nous-mêmes et l'aide des personnes qui nous accompagnent. » Croyants ou non.
Une ouverture d'esprit qui a incité le ministère de la Justice à proposer le site à des personnes condamnées à des travaux d'intérêt général (TIG). Frère Philippe, la trentaine, en charge du
suivi du chantier, sait que « certains arrivent avec l'idée que ça ne va pas être très agréable de travailler dans un lieu religieux. Mais je vous assure qu'ils en
repartent enchantés. Vous savez, on aime rire dans notre congrégation. Cette bonne ambiance porte le projet. »
Une allégresse qui n'est visiblement pas mauvaise prêtresse. Tout le diocèse défile à Puimisson depuis des années. « Benoît XVI nous a envoyé un mot de
consécration pour l'abbatiale », rappelle le père Verlinde. L'apôtre laïc de la com' du projet, Étienne Piquet-Gauthier, résume :
« Beaucoup ont compris toute la modernité de cette congrégation. Elle prie au milieu du monde, au coeur de la société. »
Sur ces bonnes paroles, Soeur Bernadette, Frère Philippe et le prieur se retirent. « Pas que ça à faire », comme dit le père
Verlinde.
Le site : www.batisseurdemonastere.org