Par Joie Des Mots
En 1995, Eli Zabar, patron du restaurant The Vinegar Factory, dans l'Upper East Side, à Manhattan, a eu l'idée
d'installer des serres sur le toit de son restaurant pour cultiver ses propres légumes. « Il en avait marre des tournées matinales dans le New Jersey (l'État voisin)
pour en acheter », raconte le photographe Alex MacLean.
Depuis, les potagers aériens se sont multipliés et Yann Arthus-Bertrand américain les a immortalisés dans son dernier ouvrage. « Ces trouées vertes commencent à vraiment changer
les vues aériennes de nos villes », commente-t-il. Avec des journalistes du New York Times, il a comptabilisé 93 ha ainsi cultivés. Avec ses
spécialités : à Chigaco, on s'arrache la Rooftop salsa (sauce du toit), mélange de tomates et de piments que le chef cuisinier Rick Bayless fait pousser sur son
restaurant, le Frontera Grill.
En France, le maraîchage des hauteurs se lance. Cucurbitacés et fleurs colorent le toit du collectif situé au 89, rue des Haies, dans le XXe arrondissement de Paris. Ce
premier projet français conséquent - 600 m2 - a été inauguré en 2009. Non sans mal. « C'était audacieux », se souvient la maire, Frédérique
Calandra, qui raconte « les heures de discussions » avec les architectes, les associations, les HLM...
Paris, Nantes...
D'une manière générale, l'architecture et l'urbanisme français ne permettent pas encore d'envisager le potager de toit à l'échelle américaine. Nos résidences possèdent souvent des toits pentus,
équipés de grenier ou de rangement sous combles. De plus, les normes d'isolation, de sécurité sont nettement plus draconiennes que du temps des antiques jardins suspendus de Babylone.
Cela n'empêche ni la réflexion ni les projets. De nouvelles techniques arrivent. À Nantes, l'architecte Bruno Mader a dessiné une école entièrement recouverte d'un toit herbeux. Les enfants
doivent y entrer en septembre. « Cet espace vert pourra être utilisé dans le cadre d'activités pédagogiques. »
À condition que la volonté d'enseigner le jardin par l'exemple soit là. « Il faut dépasser la notion de ' terrasse végétalisée ', un jargon de promoteur, à celle de
' jardin de toit ' », indique Françoise Spuhler, animatrice du jardin d'insertion parisien.
Christelle GUIBERT.
Ouest-France
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