Par Joie Des Mots
Ne prononcez surtout les mots « injection d’hormones » ou « castration chimique », à la rigueur parlez d’ « immuno-castration » ! Cela fait un petit moment que la Commission Européenne se creuse la tête. Comment nommer sans effrayer le consommateur, la trouvaille de Pfizer pour castrer les cochons de manière indolore ?
Le numéro 1 mondial de l’industrie pharmaceutique – plus de 67 milliards de dollars de chiffre d’affaires – commercialise un produit magique, qui, après deux piqures seulement, provoque l’atrophie des testicules du porcelet. Une alternative au zigouillage à vif desdits testicules infligé au cochon français, à l’âge de 7 jours. Au nom du bien-être animal, Bruxelles veut décréter l’interdiction de la castration « traditionnelle » du porc dans toute l’Europe, en 2018. En attendant que tombe le couperet, les éleveurs français sont priés, depuis le début de l’année, d’anesthésier leurs cochons ou de les bourrer d’antalgiques avant de les transformer en castrats.
Sauf que les éleveurs rechignent à débourser pour des produits qu’ils jugent trop chers, peu pratiques et moyennement efficaces. Restent les fameuses piquouzes que Pfizer aimerait bien faire passer pour un banal vaccin. Certes, à première vue la technique s’apparente à une vaccination. On injecte à l’animal une hormone sexuelle de synthèse, copie chimique de la gonadolibérine, hormone naturelle qui stimule les testicules. Le système immunitaire du cochon réagit aussi sec face à l’intrus, en produisant des anticorps qui détraquent la machine. Même à dose epsilonesque, il s’agit bien d’une injection d’ « hormones », un mot qui fait peur car il rappelle le scandale de la viande aux hormones.
Pfizer jure qu’ « il n’y a aucun problème ». La molécule, administrée en quantité infinitésimale est inactive, dégradée à 99 % par la digestion, et ne résiste de toute façon pas à la cuisson. Bref, la probabilité pour que l’amateur de jambon subisse les mêmes effets que le porc semble exclue. Au fait, pourquoi est-ce qu’on castre les cochons ? Parce que 25 % des porcs qui atteignent la maturité sexuelle donnent une viande qui dégage, à la cuisson, des effluves fécaux et une odeur d’urine.
On pourrait, comme le font les britanniques, abattre des cochons prépubères, sauf qu’en France on préfère attendre qu’ils soient adultes et affichent 115 kilos sur la balance. On pourrait trier à l’abattoir les porcs qui puent pour les réserver aux plats préparés, la cuisson faisant disparaître l’odeur. Sauf que pour y arriver il faudrait réduire la cadence de 900 carcasses par heure dans les abattoirs.
Pourquoi les cochons ne se révoltent-ils pas ? Peut-être parce qu’ils n’ont pas de c…
Le Canard Enchaîné N° 4795 du 19 septembre 2012
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