Par Joie Des Mots
Le tigre, insecte ravageur du platane, est dans le viseur des chercheurs angevins. Ils ont inventé une lutte biologique pour terrasser l'ennemi sans pesticides
chimiques.
Si vous observez, sous une écorce de platane, un petit insecte, vous venez de faire connaissance avec le tigre du platane.
Corythucha ciliata, de son nom savant. Originaire du pourtour méditerranéen, il colonise un demi-million d'arbres sur les quatre-cinquième du territoire français, à la faveur du réchauffement
climatique.
« Après avoir hiberné, il migre vers les bourgeons qui débourrent. KPique les jeunes feuilles et
suce la sève. Se multiplie, atteint son pic de population en été, raconte Caroline Gutleben, chargée de mission à Plante et cité, au sein du pôle de compétitivité Végépolys, à Angers.
Les arbres infestés sont affaiblis, décolorés, comme si on avait passé leur feuillage à la javel. Le tigre sécrète des gouttelettes de miellat qui se collent sur la chaussée, les
carrosseries des voitures, les terrasses de café. Quand il pullule, porté par le vent, il rentre dans les maisons. Une vraie nuisance pour les riverains. »
Cette année, le réveil risque d'être brutal pour l'insecte défoliateur. Végépolys lui réserve un traitement de choc, 100 %
naturel. Après quatre ans de recherche, doté d'une enveloppe de 600 000 €, le programme Petaal (protection environnement et technologie des arbres d'alignements) débouche sur l'invention d'une
lutte biologique.
Les services des espaces verts des communes, les entrepreneurs du paysage disposent d'une solution alternative à la lutte
chimique, dans le collimateur du Grenelle de l'environnement. « Les insecticides chimiques utilisés sont classés toxiques pour l'homme et l'environnement. Depuis 2006,
un arrêté ministériel interdit au public l'accès des lieux traités pendant 48 heures. »
À Angers, les chercheurs (Plante et Cité, Agrocampus Ouest, Institut national de la recherche agronomique, Université) ont
multiplié les tests en labo et sur le terrain, dans une quinzaine de villes partenaires (dont Angers et Nantes). Ils ont sélectionné la « dream team » des mangeurs de tigre : deux nématodes
(vers microscopiques) et les larves de la chrysope, petit insecte ailé.
À Pont-Saint-Martin (Loire-Atlantique), Koppert France, filiale du leader mondial néerlandais de la lutte biologique, a mis
au point une poudre de nématodes, à diluer dans l'eau pour être pulvérisée sur les arbres. À Angers, la PME If Tech a conçu un tube cartonné renfermant 150 oeufs de chrysope prêtes à lâcher une
petite armée de larves friandes de tigre. La pose de ce tube, à l'aide d'une canne télescopique, épargne l'utilisation contraignante d'une nacelle.
Une nouvelle stratégie de lutte verte mise en oeuvre dès cette année pour soigner les platanes de Menton (Alpes-Maritimes),
Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) et Anthony (Région parisienne).
Xavier BONNARDEL. Ouest-France
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