Par Joie Des Mots
Après trois ans de travaux, le thonier groisillon le Biche a retrouvé la mer, hier après-midi. Une renaissance célébrée ce week-end à Lorient, avant un tour des grandes fêtes nautiques de la région, cet été.
Neuf années ont brusquement défilé hier, sur les coups de 17h, dans l'esprit d'une cinquantaine
de «fêlés», amoureux d'un bateau en miettes que leur seule volonté déraisonnable a remis sur l'eau. En 2003, soyons honnêtes, pas grand monde ne croyait en ce pari: restaurer à l'identique le
Biche, le dernier thonier à voile groisillon, dont seule une membrure d'origine était récupérable.
«On perd notre bébé»
Hier pourtant, le navire, enfin libéré de ses sangles, a retrouvé sa liberté dans les eaux de Kéroman, au port de pêche de
Lorient, sous le regard enamouré de quelques centaines de spectateurs venus saluer ce «morceau d'histoire», cette «fierté locale», ou simplement ce «magnifique navire».
«Mon père était pêcheur. Quand j'étais tout petit, il a rénové unthonier comme celui-ci, pour vivre à son bord, dans
l'estuaire de la Loire», soufflait ainsi LionelPenaud (69 ans). «Quand j'ai su qu'il y avait ce projet ici, j'ai tenu à participer financièrement. En souvenir de mon père, de tous les pêcheurs
qui ont travaillé à bord de tels navires. Et parce qu'on ne pouvait pas abandonner le dernier de ces bateaux». À quelques pas de là, TegwenMauffret, responsable de l'équipe lorientaise (dix
personnes) du chantier du Guip, lâcherait presqu'une petite larme. «On a un peu le sentiment de perdre notre bébé. Il a été rien qu'à nous pendant trois ans, on lui a donné beaucoup de notreâme,
on n'a pas ménagé notre peine. Et aujourd'hui, il faut le rendre...».
Trois marraines et 50 parrains
Qu'il se rassure, le Biche semble entre de bonnes mains, couvé par ses marraines, les arrières-petites-filles de son dernier
patron, Ange Stéphan. Hier, seule l'une d'elles, Émilie Le Maréchal, avait pu faire le déplacement. Elle est marin, forcément, mais dans la marchande, en Gironde. Pas les mêmes bateaux. «Mais le
Biche est le plus beau», souriait-elle, toujours incrédule devant la réussite de ce projet titanesque. Dans ses mains, une statue de Sainte-Anne, confiée à la bénédiction du curé, pour protéger
le Biche. Il sera bien gardé: des Grosillons avaient fait de même il y a déjà trois mois. Mais ses meilleurs protecteurs resteront, sans doute, la cinquantaine de bénévoles très actifs qui ont
passé des heures sur ses bordés. «Un chantier magnifique, et hyperintéressant», commentait encore Guy Le Vu, ancien bosco du Belem, chargé des gréements dormants du thonier. «Aujourd'hui, on est
plus qu'heureux. C'est un très grand moment pour tous les amoureux de la voile».
Route vers Groix Brest,etc.
Amarré à Kéroman, le Biche ouvre son pont aux visiteurs pour le week-end, avant de recevoir les dernières finitions. Dès le
7juillet, il mettra le cap sur l'île de Groix, puis les Tonnerres de Brest et Douarnenez 2012, le Festival interceltique,etc. «Ce sera sa vie: tous les grands événements nautiques et festifs»,
expliquait, hier, Marc Maussion, président des Amis de Biche. «Et, bien sûr, les campagnes de pêche au thon, selon les méthodes traditionnelles». Une nouvelle vie. Comme avant.
Pierre Chapin
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