Enfant, avant la merveilleuse catastrophe d’apprendre à lire, je dévorais les pages de la lumière. L’odeur de rouille d’une rose ancienne me soûlait. J’aimais cette proposition que les fleurs font au premier venu, leur manière de pousser leur âme devant...
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J’ai toujours dû la vie à ce que je voyais de pur. Si nous savions regarder le réel de chacun de nos jours, nous tomberions à genoux devant tant de grâce. Dans un fossé du parc de la Verrerie, quelques myosotis triomphent des ténèbres par l’innocence...
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J'ai besoin de perdre une heure ou deux avant d'écrire vraiment. Il y a ce temps où le renard fait mine de ne pas voir sa proie. Ma proie, c'est la phrase pure, celle qui ne tient aucun compte de moi, qui aurait pu être écrite par une pierre ou le froissement...
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L’écriture est l’art d’écorcer le langage comme une branche de noisetier pour retrouver la lumière laiteuse du bois tendre par-dessous. Christian Bobin
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Celui qui s'apprête à jouir ne veut pas penser et quand bien même le voudrait-il, il en est incapable : ses paupières sont calcinées par le soleil qui devant lui s'élève. Il est en train de devenir aveugle. Christian Bobin
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Le monde dans le plein jour est un gratte-ciel qui s'effondre : une poussière d'images s'élève, qui se diffuse partout dans les âmes. La nuit ce nuage mortifère retombe. Vers trois heures du matin, les eaux d'un silence couvrent le monde. Ne sont guère...
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La rue Visconti à Paris est si étroite que c'est un bonheur de marcher au milieu, sur le goudron que les troupeaux de voitures ne viennent piétiner que très rarement. C'est une rue au fusain, une esquisse de pénombre, où d'y entrer vous pousse deux ou...
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J’ai, tournés vers moi, les yeux des bêtes que j’ai connues dans les campagnes ou dans la jungle des livres d’aventures. Ces yeux me regardent écrire, m’avertissent : la société est le haut-mal, sa dangerosité est sans limites. Christian Bobin
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Très peu de vraies paroles s'échangent chaque jour, vraiment très peu. Peut-être ne tombe-t-on amoureux que pour enfin commencer à parler. Peut-être n'ouvre-t-on un livre que pour enfin commencer à entendre. Christian Bobin
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Un jour nous ressentons tant de lassitude que nous découvrons le noir qui règne depuis toujours sous le ciel bleu.Rares sont ceux qui entrevoient sous ce noir un bleu d'une autre espèce que le premier : incassable....Christian Bobin
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